Débat avec les partis politiques


Opération Lancelot a proposé aux partis politiques son pacte de la Souveraineté numérique à l'occasion de la campagne pour les Européennes. Les listes contactées ont accepté de signer le pacte. Et les représentants de 6 partis ont débattu ensemble le 13 mai :

Jean-Christophe Lagarde (UDI, message vidéo) : Dans cette campagne on passe complètement à côté de l'enjeu du numérique, alors que c'est le plus grand virage technologique de l'histoire de l'humanité. Les données sont le nouveau pétrole, et cette fois-ci le pétrole est en nous. On pourrait coopérer avec l'Inde. Les BATX reconnaissent eux-mêmes que 60% de ce qu'ils référencent sont des contrefaçons. Le monopole de Google (93% de part de marché) ne serait accepté dans aucun autre secteur d'activité. Même dans le secteur public on l'utilise au lieu de passer par Qwant. L'UE devrait avoir une stratégie numérique, d'autant plus que la masse des données nécessaire pour l'IA oblige de toute manière à passer par l'Europe. Réveillons-nous.


Eric Bothorel (LREM) : La Souveraineté numérique passe aussi par les infrastructures, notamment les câbles sous-marins. D'ailleurs qui a commencé à y investir ? Les GAFA. Je ne crois pas au démantèlement des GAFAM, mais la situation va évoluer par l'arrivée de nouvelles technologies qui amèneront d'autres acteurs à émerger. Le RGPD est la bonne illustration de ce que peuvent faire les Européens et il n'est pas perçu outre-Atlantique comme un caprice de notre part. Le cloud souverain n'a fonctionné ni en France ni en Allemagne. La ligne Maginot façon numérique est impossible car nous ne maîtrisons pas toutes les technologies. N'attendons pas tout de la commande publique. Il y a aussi la commande privée. Les grands comptes privés ne jouent pas le jeu du patriotisme. Eelo, Qwant, Whaller, Duck duck go, et Philips dans la reconnaissance vocale existent. A nous de les utiliser. La France est en pointe sur la lutte fiscale contre les GAFAM. Il nous faut refonder un pacte fiscal pour que la concurrence puisse être loyale entre les acteurs. Si le gagnant-gagnant c'est toujours pour les mêmes - Etats-Unis et Chine - ça pose un problème. Je suis optimiste, nous pouvons avoir un numérique souverain. Le numérique n'est pas un cauchemar, il peut être au service des humains.


Jean-Philippe Tanguy (DLF) : Les traités européens signés au fil du temps ont organisé notre impuissance technologique et politique, en désarmant les états sans les remplacer. Il faut donc d'abord modifier les traités. C'est de la pensée magique de croire que les USA laisseront l'UE démanteler Google. L'UE n'a pas la volonté d'être indépendante, de changer de logique institutionnelle. Nous devons nous fixer un objectif d'investissement en R&D plus ambitieux. Il faudrait transférer le produit de l'optimisation fiscale pratiquée en Irlande et aux Pays-Bas sur des projets scientifiques et industriels.


Amandine Crambes (EELV) : Il ne faut pas viser à bâtir des GAFAM européens mais à inventer un nouveau modèle basé sur les communs. Le soutien à cette construction ne peut pas être français, il doit être européen. Attention à ce pour quoi nous dépensons l'argent public : Si c'est pour développer une cafetière connectée, aucun intérêt. Le numérique n'est pas une finalité en soi. Il faut réinventer le modèle de soutien. Les Chinois - qui ne sont pas notre modèle - ont fait quelque chose d'intéressant avec Apollo, la plateforme de développement open source de Baidu, pour accélérer le développement de standards. Les usines à clic existent aussi en Europe. La législation court toujours après le dumping au lieu d'anticiper. Nous souhaitons la création d'un tiers de confiance pour la régulation des données des citoyens et des citoyennes.


Arthur Hay (PCF) : Nous pouvons nous défendre avec notre RGPD, mais n'oublions pas que les Américains nous attaquent avec leur Cloud Act. L'Europe doit inciter à la coopération plutôt qu'au combat. Il manque des points dans le Pacte, notamment des clauses sociales. J'ai monté une coopérative pour des livraisons à vélo : Nous utilisons les mêmes outils qu'Uber, exerçons dans le même secteur d'activité que lui, mais nous sommes les patrons de notre entreprise. Nous avons les capacités de nous remettre au niveau. Il faut éclairer les citoyens. Le numérique va aussi créer des emplois. Yann Le Pollonec (PCF) : Avoir la possession de son corps n'autorise pas la vente de ses organes. Les conditions générales d'utilisation dans le numérique doivent être conçues comme les conventions collectives, comme le droit social. Les travailleurs du numérique n'ont pas de parti ; ils veulent un modèle de propriété collective.


Maxime des Gayets (PS) : Parler de Souveraineté numérique est juste. La révolution numérique induit des mécaniques puissantes de dépossession. La question du démantèlement des GAFAM a plus d'écho aux USA qu'en Europe. 80 % des entreprises du CAC 40 hébergent leurs données sur le Cloud d'Amazon. Non seulement le business est américain au lieu d'être européen, mais en plus, si AWS se fait attaquer, 80% du CAC 40 se retrouve à l'arrêt. Aujourd'hui ce sont les états membres qui bloquent, pas le Parlement européen, qui par exemple a voté en faveur du démantèlement d'Android. Les données devraient servir pour proposer des services, pas pour du ciblage publicitaire, comme le dit un ancien de Facebook. On assiste à une bascule sur les demandes des internautes, même aux Etats-Unis. Donc un modèle éthique est possible. Quand on apprend que les Américains vont investir dans une région française, c'est paradoxalement une mauvaise nouvelle, car cela signifie que les talents locaux ne seront plus disponibles pour les entreprises locales.


Hervé Juvin (RN) : L'intérêt national ou européen prime sur le débat politicien. Le Pacte de Lisbonne prévoyait de faire de l'UE la première société de la connaissance, c'est un échec : Nos chercheurs français qui sont parmi les meilleurs du monde sont aux USA. Fleur Pellerin a beaucoup fait pour l'écosystème du numérique, notamment pour les jeunes pousses. Il faut intégrer l'impact du numérique sur l'environnement, par exemple le bitcoin qui consomme beaucoup de ressources. Pratiquons le juste-échange plutôt que le libre-échange. Il faut une juste rémunération. La règle du moins-disant détruit les PME. Il faut faire évoluer notre système financier pour qu'il redevienne national. Aux USA, le Community Investment Act impose aux banques de consacrer une partie de leur financement au territoire où elles sont implantées. Réfléchissons à un modèle coopératif et associatif. Il faut nous défendre face à l'uniformisation intellectuelle et morale que nous apportent l'IA et la marchandisation. Il y a un vide stratégique en Europe. Amazon a pu construire son offre d'hébergement grâce aux commandes de l'armée et des services de renseignement, parce que les Américains ont une vision stratégique. Si on veut démanteler les GAFAM, il faut d'abord se demander si on a une alternative. Il va falloir apprendre à socialiser pour atténuer, refaire du commun mais dans un cadre national. Il faut un retour de l'autorité du régalien.


Conclusion par Wilfried Bartsch (Lancelot) : Au-delà des différentes sensibilités politiques, une union nationale autour de la Souveraineté numérique semble possible.

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